14 Juin 2021

LE TRAVAIL DES SOLS VITICOLES POUR REVELER LES GRANDS VINS

La transformation minutieuse en terroir viticole d'un ensemble de prairies à Nantoux dans les Hautes Côtes de Beaune a été l'occasion de mettre en oeuvre un concentré des meilleures pratiques par l'équipe du Domaine Leflaive.

Chaque sol, agricole ou viticole, est un volume organisé en couches (les horizons) disposant de propriétés propres dont il faut prendre soin lorsque on intervient sur un terroir viticole.

La parcelle a d'abord été occupée par des chevaux, ce qui a permis d'observer son comportement saisonnier. Elle est située à une altitude entre 325m et 360m et orientée Est-Nord-Est. La partie ouest, avec une végétation rase, avec des buissons et des haies peu élevées indiquaient des veines de roches affleurantes. Cette partie a été préservée afin d'enrichir la biodiversité. La partie centrale, en prairie, a permis de faire quelques belles récoltes de foin, ce qui a permis de conclure à un sol drainant en surface et retenant l'eau en sous-sol. La partie est, plus pentue, montrait des buissons touffus et, en de nombreux endroits, de grands arbres (chênes, robiniers, même un peuplier blanc) qui indiquent une profondeur de sol plus importante et une capacité de croissance sans contraintes.

Un premier diagnostic a été établi avec Yves Hérody sur la capacité du secteur à recevoir de la vigne. Nous avons rapidement choisi de limiter la surface de vigne à la prairie centrale dont les sols et les sous-sols étaient propices à la vigne, tout en gardant une large portion de friches, de haies et d'arbres pour privilégier la biodiversité. Nous y avons même planté de nombreux arbres truffiers... Est-ce le début d'une vocation complémentaire ?

Nous avons alors décidé d'aller plus loin dans l'exploration des différents horizons de sols et d'établir une cartographie détaillée des sols et sous-sols avec Françoise Vannier et Emmanuel Chevigny (Adama). Neuf types de sols différents ont été identifiés, en mosaïque sur la parcelle, dont cinq sur les surfaces destinées à la vigne. Chaque sol a été décrit précisément et nous a permis d'adapter les travaux de préparation en fonction des caractéristiques de chacun.

Ce n'est qu'après deux années de recherches et de réflexion que nous nous sommes lancés dans les travaux de préparation des sols avec deux idées directrices.

La première était de préserver au maximum l'écosystème en place. Une seule coupe de 2 bosquets de pins noirs d'Autriche, espèce exotique sans intérêt écologique, a été nécessaire. La plantation des espèces truffières et d'espèces indigènes (cormiers, sorbier des oiseaux, noisetiers...) a plus que compensé cette coupe.

La seconde était de préserver l'organisation horizontale et verticale des sols où nous comptions planter la vigne. Nous voulions préserver l'organisation naturelle du lieu tout en améliorant le support pour la vigne. La priorité était de conserver ces qualités physiques en ne retournant pas les horizons et en préservant ces empilements en profondeur. On a donc appliqué un principe paysan simple en prenant la terre de surface qui s'était accumulée en bas des coteaux et en la remontant sur les parties supérieures, là où elle manquait.

Les horizons des sous-sols identifiés avec Françoise Vannier et Emmanuel Chevigny avaient montré qu'ils étaient souvent constitués d'un empilement de plaquettes horizontales ou de cailloux polyédriques agencés de façon horizontale. Les racines de la vigne peuvent facilement traverser ces empilements à la recherche d'eau et de minéraux. Il était important de conserver cet empilement car l'eau de pluie peut être retenue dans des creux à la surface des pierres et constituer une réserve importante, y compris après de longues périodes de sécheresse.

La préparation topographique effectuée, nous avons lancé la préparation agronomique des sols qui a duré deux saisons. Le but de cette phase est de fournir aux sols les éléments nécessaires à la croissance de la vigne au cours des 5 premières années avec un amendement de fumier assaini maison (30 tonnes / ha) et de redynamiser la vie des sols avec une prairie nouvelle riche en légumineuses. Ces plantes fournissent un engrais vert naturel que nous utilisons aussi dans les vignes de Puligny.

Une fois l'engrais vert implanté et développé, nous avons griffé la surface sur 30 cm, sans jamais descendre jusqu'aux pierres du sous-sol. Cette griffe permet aux racines de la prairie d'explorer la profondeur et nous permet de récolter les pierres de surface. Ces pierres ont été évacuées à l'extérieur de la parcelle pour reconstituer des meurgers.

A aucun endroit nous n'avons utilisé de broyeur de cailloux, cette opération nous apparaissant trop destructrice et ne permettant pas de conserver les qualités de nos sols, à savoir un taux de calcaire actif bas et une bonne capacité de rétention de la réserve en eau.

Après une année et demie de prairie, à l'automne 2020 nous avons détruit les légumineuses et passé une rotobêche pour préparer la plantation. Celle-ci a eu lieu en février 2021 à l'aide d'un petit chenillard planteur de vigne et guidé par GPS.


 


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